Coincée dans les oreillers, un chat au bout des pieds , volets ouverts sur la
brume nocture je m'installe dans ma lecture , une grande tasse de darjeeling sur la table de nuit.
Aujourd'hui , c'est "Nulle part dans la maison de mon père" d'Assia Djebar ( Fayard)
je vous fait part de son émoi sussité par la littérature .....
Dans nos discussions entre amis nous le disons, nous devisons sur les livres et nos émotions ........mais pas aussi BIEN qu'elle .
page 101 – Comment raconter cette adolescence où de dix à dix sept ans , le monde intérieur s’élargit soudain grâce aux livres , à l’imagination devenue souple , fluide , un ciel immense, découverte, découverte, lectures sans fin, chaque livre à la fois un être (l’auteur) un monde ( toujours ailleurs )l’effervescence intérieure traversée de longues coulées calmes où lire c’est s’engloutir , s’aventurer à l’infini s’énivrer, l’horizon qui s’élargit recule……..
ensuite, ci dessous, la première fois que l’auteur entend un poème , dit avec foi par son institutrice , un poème de BEAU DE L’AIR
……….Mme Blasi ne l’ayant ni déclamé ….l’avait laissé lentement couler pareil à un filet d’hydromel. Je fus sans doute la seule fillette à être bouleversée à la fois par le rythme, la musique , sa limpidité, les images furtives si proches , presque caressantes et pourtant venant de si loin, moi la fillette……… (Je ) me sentais engloutie dans un émoi un remuement que je n’aurais su définir comme « esthétique » : ce fut là précisément mon entrée silencieuse mais royale dans une plaine de méditation. Lent et imperceptible accès à un irréel si prégnant que votre corps (yeux ,oreilles , doigts qui voudrait palper le rythme, pieds qui risqueraient de déraper, d’obliquer sans but ) votre corps, oui, mais aussi votre cœur , sans que vous en compreniez le pourquoi, se retrouvent pantelants.
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